Sous nos représentations, la glace

Entre essai contemplatif, étude de paysage, carnet de voyage fantasmé et état des lieux consterné, Sous nos représentations, la glace dresse un portrait en miscellanées du continent antarctique. Les images – à la fois ironiques, spectaculaires et poétiques – viennent troubler les représentations de ce territoire complexe, entre tourisme de la dernière chance et sublime traumatique.

L’Antarctique. Ce bout du monde, désert blanc du pôle sud, ce continent de tous les superlatifs et des grands explorateurs, j’en avais rêvé. Mais c’est en tant que photographe de bord sur des bateaux de croisière de luxe que je l’ai découvert : employée pour produire et vendre des images lisses et édulcorées, fabriquées pour correspondre aux stéréotypes attendus. Parce que oui, l’Antarctique est devenu une destination de choix pour clientèle fortunée. En 2019, ils étaient plus de 74 000 à visiter le continent avec un sentiment d’urgence à découvrir cet écosystème menacé. Entre deux coupes de champagne…

Sous nos représentations, la glace est construit en réaction à ce contexte de découverte. Réunir un archipel d’images pour construire une autre représentation mentale de ce territoire, pour se laisser encore émerveiller par la beauté nue de ces paysages australs, quasi extra-terrestres. Et puis prendre le contre-pied de cette illusion d’un territoire vierge de présence humaine en dressant une typologie des bâtiments et monuments érigés sur le continent. Peu à peu laisser ces images entrer en résonance avec la nostalgie des expéditions du XIXème siècle et des campagnes scientifiques, pour finalement se faire teindre de la réalité crue de la marchandisation du continent.

Alors apparaît une vision double, à la fois rêveuse et réaliste. La poésie peut-elle encore sauver le monde? Flouter la dualité manichéenne entre monde naturel préservé et catastrophe, proposer une interprétation subjective et sensible, c’est en quelque sorte donner prise pour s’éloigner du déni.

Under the surface, the future in latency.