Sarajevo Ljubavi Moja

A generation of reconstruction

Après la fin de la guerre de Bosnie-Herzégovine, la végétation s’est emparée des ruines, avec quelque chose de l’ordre de la beauté et de la grandeur.

Maja est née à Sarajevo, avec une adolescence traversée par la guerre. Elle est devenue avocate. Une très bonne. Elle a travaillé pendant plusieurs années pour le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie et travaille actuellement pour une société dont la mission est la lutte contre la corruption. N’oubliant rien, elle avance. Maja n’a pas d’enfants, mais est très proche de sa nièce, Aisha. Au quotidien, j’ai été touchée par la force des femmes de cette famille et la relation privilégiée qui les unit.

Aujourd’hui, Sarajevo est en vie. Maja et Aisha appartiennent à une génération de la reconstruction.

  • En 1984 Sarajevo, ville multiculturel au carrefour de l'europe, accueillait les jeux olympiques d’hiver. À peine 8 ans plus tard éclatait la guerre civile.
  • En quatre ans, les opérations militaires et la purification ethnique menées par les Serbes contre la population de Bosnie-Herzégovine ont fait près de 100 000 morts — dont la moitié sont des victimes civiles — et deux millions de réfugiés.
  • Sarajevo a été pilonnée et ravagée par les bombardements incessants de l’armée serbe, campée sur les hauteurs de la ville. Plus de 11 000 personnes, dont 1 100 enfants, ont péri lors du siège de la ville. Cette violence aveugle était autant destinée à semer la destruction que la terreur auprès des habitants piégés.
  • Les Serbes refusent toujours le mot « génocide », pourtant reconnu par la justice internationale pour qualifier le massacre de 8.000 musulmans bosniaques en juillet 1995 à Sebreniça par l’Armée de la République serbe de Bosnie.
  • Enfant, confinée pendant des mois pour être à l’abri, Maja avait un jeu favori. Ils étaient plusieurs à jouer un drole de jeu de chat, dans la cage d’escalier noire des coupures d’électricité. Dans leur imaginaire, ils traversaient l’étage des snipers, des barricades serbes, puis échappaient aux forces des Nations Unis pour se retrouver libres au dernier étage.
  • Les traces de la guerre s’effacent de plus en plus, mais quasiment sans lieux officiels de mémoire, sans mémoriaux et sans plaques, sans laisser de place pour une mémoire de la guerre.
  • Milorad Dodik, président de la République Serbe de Bosnie, a décidé récemment l’interdiction d’enseigner dans les écoles les événements relatifs au siège de Sarajevo.
  • La mémoire est pourtant partout, en filigrane, dans les traumatismes multiples d'une population dont les enfants sont héritiers malgré eux.