Petite-fille de l’ours (Danemark)

Résonances humaines

« Ma mère vient de Qaqortoq, une ville du sud du Groenland, la quatrième ville en importance avec un peu plus de 3 000 habitants. Née en 1961 dans une famille pauvre, elle est venue vivre au Danemark chez une famille danoise, à seulement 11 ans. Il était assez courant à l’époque que les enfants viennent suivre leurs études ici.

Mais ça a été une grande épreuve. Ma mère – comme tant d’autres – a vécu un véritable déracinement et elle a dû se confronter au racisme omniprésent des danois envers les groenlandais. À l’époque, elle s’est vue interdire de parler sa langue et de fréquenter d’autres groenlandais par sa famille d’accueil qui, suivant les directives gouvernementales, pensait sincèrement ainsi œuvrer au mieux à son intégration. Elle a été – elle est encore – très en colère et révoltée de cette acculturation.

À 17 ans, ma mère a voulu retourner au Groenland. Elle y est restée deux ans mais, se sentant trop en décalage, elle est revenue vivre au Danemark. Plus tard, elle a rencontré un allemand, et me voici!


→ Héritiers de l’ours (Groenland)

   ·  Petite-fille de l’ours (Danemark)

  • Aujourd’hui je travaille dans le social, je fais des maraudes dans Copenhague pour intervenir auprès des gens qui sont dans la rue. Les groenlandais y sont surreprésentés.
  • Petite, je me souviens avoir rencontré ma grand-mère : elle était venue nous voir ici. Je me souviens des embrassades, des câlins et des rires, mais nous ne pouvions pas vraiment communiquer : ma mère ne m'avait jamais parlé dans sa langue natale. Alors maintenant je prends des cours de kalaallisut, la langue inuit du Groenland ; ça me reconnecte avec mes origines.
  • Je suis allée deux fois au Groenland. La première fois j’étais bébé, je ne m’en souviens pas. Et puis il y a deux ans, l’été de mes 17 ans. C'était un voyage incroyable, très fort en émotion. Ma cousine m’a fait essayer son costume national traditionnel. Je me suis vue groenlandaise et je me suis sentie comme une reine, vraiment! Je suis très attachée aux bijoux que j’ai ramené de là-bas, ils me parlent de mon identité.
  • À l’école, les enfants se moquaient souvent de moi parce que je suis typée, ils voyaient un visage inuit. Par exemple, suivant l'idée répandue ici que tous les groenlandais sont alcooliques, ils me demandaient si je buvais de la bière. J’avais 10 ans... Mais le racisme a toujours glissé sur moi : ma mère m'a inculqué malgré tout la force et la fierté de mes origines. Et puis, je me dit que c'est elle qui a payé le plus lourd tribut. »
  • Lena Kista Abelsen propos recueillis à Copenhague, mai 2020