Résonances Boréales . Inuits

Premier volet de Résonances Boréales, travail documentaire au très long court qui conjugue des séries, distinctes mais en correspondances, sur la réalité complexe des peuples autochtones nordiques et de leur territoire dans un monde en mutation.


Akunnak, baie de Disko, Groenland : petit village de 47 habitants.

La rupture d’avec le mode de vie des anciens, les modifications de l’environnement, de l’alimentation et l’économie : le passé est tant romancé et stéréotypé qu’il en est aujourd’hui presque exotique, y comprit pour les inuits eux-mêmes.

Mais si le mode de vie traditionnel a bel et bien disparu, la culture, tissée par les êtres sociaux qui la partagent, est toujours aussi forte. Elle se transforme, entre revendication et adaptation.

Entre chaleur confinée des intérieurs et froid glacial des étendues extérieures ; entre communauté festive et chasse solitaire ; entre isolement et connexion internet ; entre chiens de traineau et moto-neige : un entre-deux-mondes.

Un entre chien et loup révélateur de contrastes ; rencontre sincère et sensible avec des habitants, un territoire et une vision du monde.


Réalisé lors de la résidence artistique Le Manguier en 2020, avec le soutien de Fujifilm France, ce travail a été sélectionné pour les Rencontres Photographiques Albert Khan et sera exposé au festival l’Homme et la mer du Guilvinec du 1er juin au 30 septembre 2021.

  • Les premiers missionnaires sont arrivés au Groenland au début du 18e siècle pour convertir les Inuits au protestantisme. Peu après, le Groenland est devenu une colonie danoise. Les Inuits ont souffert des maladies importées, de la nouvelle organisation de leur milieu de vie et du contrôle exercé à l’étranger par les coloniaux.
  • Le Danemark se considère comme un "bon" colonisateur, éludant ainsi le coeur du problème : la question n’étant pas la qualité du colonialisme, mais bien son existence et ses conséquences. Aujourd’hui, la colonisation se traduit donc d’une autre manière, par un paternalisme qui maintient les groenlandais dans un futur qui leur échappe.
  • Au Danemark, le racisme envers les groenlandais est endémique, se nourrissant de l’ignorance et de perceptions erronées. Un tiers seulement des lycéens danois affirment avoir reçu une éducation sur le Groenland.
  • Ici l'alimentation a totalement changé depuis le siècle dernier. Auparavant quasi exclusivement composé de produit de leur chasse, pêche et cueillette, elle a été remplacée par une nourriture danoise d'importation. Le diabète, jusqu'alors inconnu des inuits, a explosé et les cancers sont la première cause de mortalité.
  • Dans le village seulement trois habitants possèdent encore des chiens: pour la tradition et la passion de ce couteux loisir qu'est devenu le traineau à chien.
  • Au milieu du 20e siècle, des villages entiers ont été déplacés pour y établir des bases militaires américaines, ou tout simplement supprimés parce que jugés par le Danemark trop coûteux administrativement. Les Inuits n’ont obtenu le droit à une autonomie administrative qu’en 1979, et le Groenland n'est officiellement un pays constitutif du Danemark que depuis 2009. Economiquement, il est encore dépendant et le gouvernement danois continue de décider d’affaires importantes, dont la politique extérieure.
  • Traditionnellement le phoque était la nourriture la plus abondante pour les inuits, et sa fourrure l'élément vestimentaire principal, en plus d'une source de revenu.
 Un bon chasseur avait un statut important dans la communauté d'alors, tandis que celui qui était mauvais allait à la pêche. Aujourd'hui la chasse du poque est soumise à quota et l'exportation interdite. Encore un changement de valeur : pour subvenir aux besoins croissants d'un mode de vie moderne, la pêche a remplacé la chasse.